HUMBERT Elie G. :DIEU ET L'INCONSCIENT
Élie Humbert aborde l'« évanouissement » de Dieu à notre époque et le double tabou qui empêche le psychologue d'en parler, venu des croyants comme des scientifiques. Avec Jung, il traite l'idée de Dieu comme un fait psychique à intégrer. Faute de quoi elle revient par derrière, comme fascination de la critique ou comme ritualisme analytique. La question n'est pas « qu'est-ce que Dieu en soi ? », mais « qu'est-ce que c'est en toi ? ». Après le nettoyage freudien des projections de l'angoisse, Kant rappelle que la conscience ne se forme pas sans l'idée de Dieu, ce que Jung reprend avec l'archétype. Trois parcours le montrent. Le Dieu Un porte l'unité du psychisme, le Dieu lien à la vie mène à l'Éros et à l'économie de la libido, le Dieu partenaire mène à l'autorégulation de la psyché et au dialogue avec les rêves. L'idée de Dieu apparaît ainsi comme une représentation du soi et du sens. Ce passage expose à la perte du merveilleux, au matérialisme et à la résignation critique, et rien n'y est gagné : Jung n'a que « l'espoir anxieux que le sens l'emportera », comme le rappellent Judas et le rêve d'une femme dénuée devant un autel de terre. La synchronicité ne doit pas devenir une Providence, et Dieu n'est sans doute pas absolu : ce qu'on nommait absolu touche à notre propre exister. Le rêve final des levers de soleil multiples conclut qu'il n'y a pas un seul point de vue, et qu'il reste toujours « celui qui ne se lève pas encore ».